Carine Iriarte | Sonothérapeute
Charente-Maritime (17)
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Van Gogh’s Ear 2016

Intriguante oeuvre d’art, la sculpture « Van Gogh’s Ear » installée l’été 2016 au Rockfeller Center (NYC) par le duo d’artistes Elmgreen & Dragset m’a particulièrement interpellée tant elle offre une lecture intéressante, riche de sens, à travers le prisme de l’énergétique chinoise. Ainsi donc l’oreille en médecine traditionnelle chinoise est l’ouverture du Rein, lequel est source de toute énergie vitale. L’oreille est donc la manifestation extérieure du Rein. On dit « le Rein », car au delà de l’organe, il s’agit d’une fonction à la base du fonctionnement du corps. Sans énergie du Rein, plus de vie possible. Les points d’acupuncture 4DM (Ming Men) et 4RM (Guan Yuan) respectivement appelés « Porte de la Vie » et « Barrière originelle » sont des points reliés au Rein, que l’on utilise pour tonifier le corps. Le Rein est relié à l’énergie de l’Eau, et émotionnellement incarne la Peur, c’est aussi l’insondable, l’inconscient, l’ancestral, le réflexe reptilien. Les glandes surrénales font également partie de la fonction Rein, et l’on sait qu’elles génèrent des hormones en grande quantité en cas de stress intense afin de faciliter la lutte ou la fuite face à un danger. Question de survie. C’est dire l’importance du Rein!

En médecine traditionnelle chinoise, les cas de démence ou de folie proviennent d’un méridien Rein fortement perturbé (communément appelé « syndrome Dian »). On sait que Van Gogh s’est tranché l’oreille dans un accès de folie et qu’il l’aurait offerte à une prostituée.

Dans cette oeuvre, nous percevons une piscine, vide, ou pourrions-nous dire sans eau, contenant sans contenu, déracinée de son contexte habituel et rivalisant de verticalité avec le building en arrière-plan. Objet donc détourné de sa fonction première, où la forme en oreille semble déjà suggérée avant d’être confirmée par le titre de l’oeuvre. Cette installation à forte charge symbolique me semble plus s’inscrire dans la lignée d’une oeuvre « lynchienne » que dans celle des « ready-made » de Duchamp; en effet, l’on peut aisément deviner au travers de cette installation onirique un regard critique sur la réalité humaine cachée derrière le vernis social.

Ce type de piscine est le prototype de la piscine en vogue dans les années 50 et présentes dans les villas californiennes, alors symboles de la réussite à l’américaine (Letcher & Chris Johnson’s Pool). Les deux artistes ont déclaré vouloir confronter la dureté d’une vie miséreuse (vie de Van Gogh) à la facilité d’une vie luxueuse (piscines privatisées).

Mais voyons encore plus loin. L’oreille est la manifestation du Rein, elle est le canal ouvert qui mène au Rein. Le Rein, cette fonction des profondeurs, connexion à notre lignée ancestrale, gardien de notre énergie vitale -en somme symbole du Vivant et de la Transmission- s’incarne ici à travers un objet en forme d’oreille, objet vidé de toute substance mais dont il garde la trace ou l’apparence (couleur bleue imitant l’eau). Ainsi, l’oreille est objet, l’objet est oreille. Transformation d’une fonction organique et vitale en objet. Pétrification des forces de vie. Ou bien appel à réhabiliter la connexion. Qu’entendons-nous du monde aujourd’hui ? A quoi nous connectons-nous ? Où mettons-nous du sens ? Cette oeuvre, à la manière du Cri de Munch, est un cri existentiel. Le cri d’une humanité qui perd sa reliance avec le principe de Vie. Est-ce à dire qu’en faisant de cet objet une oreille fièrement dressée, les deux artistes invitent à réintroduire de la vie là où nous avons mis de l’inanimé superflu ?

Carine Iriarte © 2018