Lâcher le contrôle

Par Gangaji

On considère généralement qu’une maturité spirituelle est nécessaire à un éveil véritable. On me demande d’ailleurs souvent comment elle se manifeste. La maturité spirituelle est en effet nécessaire, mais elle n’est pas telle qu’on la conçoit habituellement. Elle n’a rien à voir avec le nombre d’années consacrées à la pratique spirituelle, à la prière, ou à être une bonne personne. Il s’agit avant tout d’avoir conscience que vous n’avez pas le contrôle. C’est à coup sûr une prise de conscience bouleversante, car vous avez cru, dès l’âge de deux ans, qu’il était possible de contrôler, et vous avez investi une grande partie de votre attention et de votre énergie à lutter pour garder le contrôle.

Le désir de contrôler, l’illusion et l’espoir d’avoir le contrôle, sont tous fondés sur une forme de croyance mégalomaniaque, qui consiste à croire que vous connaissez le résultat à atteindre et le moment où il devrait être atteint. Il est évident que vous pouvez plus ou moins contrôler certaines choses, mais rien ne peut être totalement sous votre contrôle. Pour lâcher prise, vous n’avez besoin d’aucun modèle. Vous ne pouvez pas fabriquer de lâcher prise. Il ne s’agit pas non plus d’une sorte de sainte passivité que rien ne dérange.

Lâcher le contrôle est une détente plus profonde, comme de flotter sur l’océan. Vous pouvez prendre conscience de ce à quoi vous vous accrochez, puis simplement lâcher prise en laissant l’océan vous porter. Vous pouvez prendre conscience que toutes vos tensions et résistances sont inutiles, puis vous détendre et vous laisser soutenir. De la même manière, vous pouvez devenir conscient de toute l’énergie mentale et émotionnelle nécessaire au maintien d’une histoire particulière, puis simplement la laisser partir. Il existe une intelligence plus profonde que celle que vous utilisez pour contrôler ; sa présence peut être reconnue par chacun dans tout ce qui vit, à chaque instant.

Version originale de ce livre : The Diamond in your Pocket – Discovering your true radiance © 2005 Gangaji

Diverses émotions peuvent surgir, y compris la peur, car lâcher prise implique que vous puissiez tomber, ou perdre quelque chose. C’est bien ! Consentez à tout perdre, ce qui revient à rencontrer votre propre mort. Rencontrer sa propre mort en pleine conscience implique de découvrir ce qui ne peut être contrôlé et qui dépasse le pouvoir de contrôle de chacun ; une telle reconnaissance peut être une bénédiction.

Si vous êtes en quête d’une vie confortable et sans risque, alors la liberté dont je parle ici n’est pas faite pour vous. Mais vous l’avez probablement déjà compris si vous avez poursuivi votre lecture jusque là. L’invitation à accepter le diamant de la vie n’est pas une invitation au confort et à la sécurité. C’est une invitation à vivre la vie de manière totale et complète, ce qui n’est jamais sûr et souvent inconfortable.

Pour guérir de la blessure primale, arrêter de chercher la guérison

Chaque vie contient de multiples blessures, même celle des plus privilégiés d’entre nous. A moins que vous n’arriviez à vous dissocier de la vie, tout l’éventail des blessures humaines est présent en vous, sous une forme ou l’autre. Certains réussissent à recouvrir leur psychisme ou leurs blessures émotionnelles et physiques de pansements, tout en poursuivant simplement leur vie quotidienne. Mais je doute que quelqu’un réussisse à annihiler ses blessures totalement. Cet échec est en soi une bonne chose, car il signifie que la blessure demande de l’attention, à l’instar du gravier dans une chaussure qui gêne tant qu’on ne s’en est pas occupé.

Bien entendu, nous cherchons à nous débarrasser de cette douleur centrale de différentes manières, à la fois mentales et matérielles. La plupart des activités mentales servent en premier lieu à fuir cette blessure primale et tout ce qui la concerne. Il arrive aussi que nous nous tournions vers la vie spirituelle dans l’espoir qu’un enseignement ou une illumination particulière nous soulagent de notre blessure. Nous cherchons à faire ce que l’enseignement ou l’enseignant dit, et nous le répétons inlassablement, en espérant que la souffrance sera éliminée.

Étonnamment, un vrai enseignant et un véritable enseignement vous conduisent sans pitié et avec la plus grande compassion directement au coeur de la blessure.

La blessure la plus profonde et la plus essentielle n’a pas de nom. Vous pouvez l’appeler « condition humaine », ou « existence conditionnée », ou « le fait de souffrir ». L’instinct de fuite est puissant, mais c’est pourtant lui qui vous ramène finalement au point de départ, à la rencontre de votre blessure. Vous mûrissez au travers de vos diverses tentatives de fuite, pour finalement constater que la même blessure est toujours là, qui vous attend.

On fait souvent appel à la psychothérapie pour tenter de guérir les blessures. Le travail psychologique a son utilité, en particulier dans la culture occidentale qui est une culture psychologique. Ce travail peut être utile pour développer une maturation de l’esprit, et voir le fonctionnement des mécanismes particuliers et des réactions routinières. Mais cela ne mènera pas plus loin. Tout en permettant des prises de conscience étonnantes et salutaires, la psychothérapie n’atteint pas le vrai fondement de la souffrance. Elle peut nous aider à découvrir que, malgré toutes nos connaissances psychologiques ou mentales, le fondement de la souffrance perdure ; et dans ce sens, c’est déjà une aide énorme.

Je vous invite à cesser de chercher à vous libérer de la souffrance pour un instant. Je ne vous demande pas de devenir insensible à la souffrance, ou de glisser dans le désespoir. Je vous invite à cesser de chercher quelque chose dans l’intention de vous délivrer de vous-même.

Lorsque j’ai rencontré Papaji, et qu’il m’a dit de « stopper », mon mental m’a donné toutes les raisons de ne pas le faire. D’abord, qui était-il, pour oser me dire d’arrêter ? Et s’il s’emparait de mon esprit ? Et s’il m’arrivait quelque chose de terrible ? Stopper n’a rien de rassurant. Il est de loin plus rassurant de réfléchir, de chercher à comprendre, d’aller vers ce qui est garanti et d’éviter ce qui est incertain.

Je vous suggère de plonger profondément au coeur de votre être. Il existe un trésor, la vérité de votre être, qui vous dit « Viens, entre. » Comme il a été longtemps caché, vous l’imaginez sombre, laid, et interdit, et on vous a fortement recommandé de ne pas le regarder directement. Toute votre socialisation est centrée là-dessus. Mais heureusement, grâce au pouvoir de choisir, vous pouvez laisser tomber cette socialisation et répondre à votre immense désir de savoir qui vous êtes.

Extraits en vidéo (VOST) de la Conversation de Gangaji sur le thème de la guérison de la blessure primale (Octobre 2017)